C’était dans une ambiance solennelle que les professeurs ont accueilli collègues, étudiants et citoyens en cet avant-midi du 6 août. La conférence de presse a eu lieu dans l’agora du pavillon Judith-Jasmin et une foule d’une centaine de personnes arborant le carré rouge est venue y assister. L’invitation a été lancée par les professeurs, dans le but de révéler la liste des signataires.
En réaction à « l’inique loi 12 », mieux connue sous le nom du projet de loi 78, le Manifeste des professeur.e.s pour la protection de la démocratie et du droit de protestation étudiants a été rédigé, puis propagé partout sur la planète dans le but de permettre aux professeurs de tous les niveaux et de toutes les nationalités d’exprimer leur appui aux étudiants québécois. Après un roulement de quelques semaines, le manifeste a reçu jusqu’à ce jour 1955 signatures, selon Nicolas Teasdale du Cégep Saint-Laurent, dont 1162 de la main d’enseignants du Québec. Des proportions importantes de signataires se retrouvent notamment dans le reste du Canada, ainsi qu’en Belgique, France, Suisse, Espagne, Algérie, Grèce, États-Unis, Australie, ainsi que dans plusieurs autres pays d’Afrique.
Ce manifeste est clair quant à leur position : il est inacceptable d’appliquer une telle loi, qui encourage à la délation et au musellement de la liberté d’expression, d’association et de conscience, et ce au coeur d’établissements universitaires, « espaces privilégiés de la pensée et de la parole libre ». D’ailleurs, les professeurs montrent du doigt la marchandisation de l’éducation, phénomène néo-libéral qui se répand actuellement dans plusieurs pays de la planète, n’hésitant pas à comparer le combat des étudiants québécois à celui des Chiliens, Argentins ou Français (avec la loi LRU de leur ancien président Nicolas Sarkozy).
Voulant réaffirmer le droit des votes de grèves, ce manifeste s’oppose d’autant plus à l’instauration du climat de peur et de division, conséquence des articles 12 à 14 de la loi 12. À cet effet, les professeurs ont exprimé leur inquiétude quant à l’ambiance martiale de ces mesures gouvernementales : l’étudiant devra dénoncer aux autorités son camarade, s’il fait du piquetage, ou son professeur si celui-ci refuse d’enseigner. Encore, le professeur devra dénoncer son étudiant, s’il refuse de lui laisser donner son cours, ou son collègue s’il refuse d’enseigner. Ainsi, tout le monde devra s’assurer que son prochain respecte la loi et avertir les autorités dans le cas contraire. Dans ces conditions, les enseignants refusent « un tel détournement de [leur] travail » et, qui plus est, de taire leurs convictions en ignorant le débat.
Cependant, cet appel des professeurs prouve aux étudiants qu’il ne faut pas se laisser museler et surtout ne pas croire que poursuivre la grève serait « jouer au jeu de Jean Charest ». Au contraire, selon Michel Seymour, professeur de philosophie de l’Université de Montréal, il faut profiter de la campagne électorale pour mettre en évidence le côté manipulateur de notre Premier Ministre.
Ainsi, la table est mise pour la rentrée scolaire : les professeurs appuient les étudiants et le retour en classe se fera selon le respect des votes de grève et de la liberté de conscience, en opposition aux visées iniques de la loi 12 (projet de loi 78).
Merci à Gabrielle Girard-Lacasse et à Mathieu Breton d’avoir couvert l’événement.












