Gouache et poésie nocturnes
Jean Barbe, écrivain et journaliste montréalais, a récidivé. Après avoir organisé un flash mob poétique en lisant collectivement du Gaston Miron dans le métro le 14 février dernier, il a relancé un appel aux citoyens. « Je voudrais que nous disions ensemble des poèmes de Godin [...]. Je voudrais que nos voix mises ensemble, quand bien même ne seraient-elles que murmures, fassent l’effet d’un orage qui gronde au loin. Nos voix ensemble. La plus puissante des forces de la nature.
Le 10 juin, un peu après 21h, un attroupement prend place devant le Sanctuaire du Saint-Sacrement sur l’Avenue du Mont-Royal. Le son des casseroles frappées semble attirer quelques uns des nombreux passants présents pour la Nuit Blanche sur Tableau Noir. Quelques individus souriants distribuent le texte qu’on lira d’une seule voix d’ici quelques minutes. C’est Jean Barbe qui a colligé des extraits de poèmes de Gérald Godin.
Monsieur Barbe, carré rouge à la poitrine, prend finalement la parole à 21h30 tapant, comme prévu. D’entrée de jeu, il partage sa rencontre marquante avec le député-poète. Sans tarder, il invite les plus de 300 personnes présentes à joindre leur voix à la sienne. Parce que la politique a besoin de plus de poétique, ces temps-ci, rappelle-t-il.
Le texte peut être lu ici:
http://www.tableaunoir.com/client_file/upload/document/Godin_une_seule_voix_impression.pdf
Jeunes femmes aux yeux pétillants, hommes à la chevelure grisonnante, une famille assise au sol et même quelques religieux du Sanctuaire sont de la partie. Guidées par Barbe, les voix forment bel et bien un certain « orage qui gronde au loin » comme en rêvait l’écrivain. Le début de la lecture était plus cahoteux, le temps que les gorges s’accordent, mais ce n’était que pour deux ou trois vers. Les lecteurs en viennent à scander le mot « peuple » plus fort que les autres. C’est un cri du coeur. Puis, on sent les consonnes se raidir quand on vient à dire : « Quand les bulldozers d’Octobre entraient dans les maisons
à cinq heures du matin
Quand les défenseurs des Droits de l’Homme
étaient assis sur les genoux de la police
à cinq heures du matin
Quand les colombes portaient fusil en bandoulière
à cinq heures du matin
Quand on demande à la liberté de montrer ses papiers
à cinq heures du matin ». Les mâchoires se serrent: Québec, je me souviens. Et en finale, rien de moins que sur un ton triomphant, la foule qui se délivre d’un beau « à mon pays seul je suis fidèle » !
Applaudissements, cris et casseroles envahissent les coeurs et le coin de rue. Jean Barbe, visiblement fier, serre des mains et envoie des baisers aux gens rassemblés. Cela aura duré une dizaine de minutes en tout et partout. Ce fut bref, mais inspirant. Les amateurs de poésie se dispersent rapidement, l’air radieux, pour profiter des activités de la Nuit Blanche.
D’ailleurs, des clins d’oeil à la grève se sont glissés dans le fameux événement de la Grande Fresque de Nuit. En bref, 44 artistes ont le mandat de produire une fresque en peignant directement sur l’asphalte sous le thème « j’aime mon voisin ». Quelques tableaux se voient agrémentés d’un carré rouge. D’autres artistes ont carrément repensé leur idée en ajoutant des casseroles dans les mains de leurs personnages. La plus flagrante référence est celle de Patrick Henley (mieux connu en tant qu’Henriette Valium). Sa création de gouache sur bitume laisse voir un personnage au visage mécontent, flottant dans une marre de carrés rouges grossièrement cernés de noir.
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Les citoyens qui se sentent concernés par la crise sociale actuelle n’étaient donc pas tous aux événement de perturbation du Grand Prix en ce samedi. La soirée était artistique, pleine de spontanéité et dans un esprit très convivial. Les poètes comme les peintres ont discuté avec des passants et les échanges étaient pacifiques et constructifs. Contrairement au Grand Prix, on les accueilleraient plus souvent et avec joie, les événements de ce genre.
Journaliste : Noémie Brassard
Photographe : Jean-Benoît Duval
















