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Les uns sur les nerfs, les autres les fesses à l’air
Il est 19h30 à la Place du Canada et l’ambiance est fébrile. Les manifestants rassemblés ne sont couverts que de leur plus belle peau. Ils sont plus nombreux, dégênés et originaux que lors du dernier rassemblement de tous-nus. Certains corps sont des toiles vivantes; complètement peints de rouges, roulés dans les paillettes, ou marqués de slogans au goût du jour. La majorité des gens s’est gardé une petite part de pudeur. Un bas sur le sexe pour les hommes, des sous-vêtements (écarlates de préférence) pour les femmes. Bref, c’est une assez belle et grande masse de chair humaine qui attend joyeusement d’aller provoquer les consommateurs du Grand Prix.
C’est le vent dans le poil de fesse que démarre la marche en direction du cocktail d’ouverture de l’événement contesté. Quelques enjambées à peine suffisent pour que les policiers empêchent l’attroupement de même penser à se rendre à leur destination. Quelques jeunes femmes tentent de charmer les policiers. Des seins nus, c’est un argument de taille, c’est bien connu. Mais non, rien à faire. La manifestation décide de changer de direction. Et c’est toujours à coup de quelques mètres que la marche avance; le SPVM semble particulièrement sur les dents ce soir.
Les slogans scandés provoquent souvent l’hilarité. Le champ lexical demeure en dessous de la ceinture, mais ça n’empêche pas la créativité de certains. On commence par « Charest, mange ma raie! » en passant par « Exhibitionnisme de combat! », puis on réinvente les classiques: « Un peuple, tout nu, jamais ne s’ra vaincu! ».
Les touristes que l’on croise admirent le mouvement à travers l’écran de leurs appareils cellulaires qui filment le tout. « Si tu prends des photos, enlève le haut! Si t’as une caméra, enlève le bas! », entend-on de la bouche des marcheurs. Les observateurs sont pour la plupart très souriants au passage des nudistes d’un soir. Rares sont les automobilistes qui ne montrent pas leur solidarité, même ceux au volant d’une voiture de luxe.
Le soleil commence à peine à se coucher que les premiers feux d’artifice éclatent au dessus des têtes. La maNUfestation et l’habituelle nocturne d’Émilie Gamelin se rencontrent. La foule est d’une hétéroclite beauté; Black Blocs et femmes nues, gens masqués et même quelques familles armées de casseroles. La frénésie redouble, tout comme le nombre de personnes.
Puis, devant McGill, la tension monte d’un coup. Des projectiles pyrotechniques sont lancés carrément sur les policiers. Une barricade de cônes se forme. La foule s’agite, à l’affût. Quelques manifestants téméraires poussent les limites; l’anti-émeute charge. Et c’est parti; poivre, fumigènes, matraques, tie-wraps. «BOUGE! BOUGE! BOUGE!» Les nez se couvrent, tout comme le reste des corps, la manifestation n’est plus vraiment nue. Par contre, quelques uns se battront en bobettes jusqu’au bout. Des militants sortent le Maalox pour ceux qui en arrachent le plus. Ça éclate des deux côtés, il devient difficile de savoir quelle explosion est « gentille » et laquelle est « méchante ». La foule de manifestants réussit finalement à s’éloigner assez et à se rendre à Place des Arts. La marche traverse le spectacle des Francofolies qui a lieu. « Crions, plus fort, pour que personne ne nous ignore! » On reprend son souffle. Ouf. Puis, on reçoit l’appui de la pluie. Les rares manifestants dénudés ne se laissent pas impressionner; ils dansent!
Direction: Saint-Laurent. Sous les chapiteaux remplis des visiteurs du Grand Prix, les manifestants ont droit à des applaudissements, même de la part des gardes de sécurité. Les touristes appuient-ils la cause, ou est-ce qu’ils ne font qu’apprécier le spectacle des corps qui s’activent sous leurs yeux? Le groupe est de plus en plus petit et de moins en moins décidé. À la tête, trop de chef et pas assez d’indiens, on ne s’entend jamais sur la direction à emprunter. Quelques esprits s’échauffent et il y a des confrontations au sein même des manifestants. Peut-être est-ce la fatigue et l’accumulation de plus d’une centaine de jours de protestation? Bref, vers 22h30, il ne reste qu’un petit groupe d’environ vingt valeureux qui disent vouloir rejoindre des perturbateurs sur Crescent. À la tête, un jeune homme toujours en boxers, détrempé par la pluie, mais encore aussi vigoureux. Demandez à sa casserole…
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Au final, que ressort-il de cette maNUfestation transformée en manif nocturne? En premier lieu, force est de constater que quelques paires de fesses ont détourné l’attention du message véhiculé par la protestation. Le but était de perturber le Grand Prix et ses clients. Les militants se sont probablement plus fait remarquer qu’entendre et comprendre. Mais peut-être que ce serait beaucoup en demander… Comme première protestation contre l’événement de F1 et comme troisième maNUfestation, il faut admettre que l’engouement est fort. Cela laisse présager d’intenses actions lors des deux prochains jours du Grand Prix. Et notons que ce n’est pas vrai que les policiers n’osent pas s’attaquer à des gens nus. Nous en avons eu la preuve ce soir.
Journaliste : Noémie Brassard
Photographe : Coralie Lemieux-Sabourin


































































