Manifestation familiale du 2 juin [photos et article]

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« C’EST PAS UNE P’TITE AVERSE, QUI VA NOUS FAIRE PLIER! »

Il est 14h00; il pleut assez pour que les quelques milliers de personnes présentes au parc Jeanne-Mance paradent leurs plus beaux atours adaptés à la température. Au son de l’épique Final Count Down, on voit s’entasser des bottes de caoutchouc de toutes les couleurs, des sacs de poubelle troués pour la tête et les bras, des imperméables cirés et même quelques wet t-shirts et des ponchos des chutes Niagara. Après que Yan Perrau, Les Colocs et même Bob Marley aient fait danser et chanter la foule, c’est le discours d’ouverture: « Cette semaine, Jean Charest nous crissait à la porte des négociations en nous disant que la porte est grande ouverte! Vous prenez-nous pour des caves?! C’est pour ça qu’aujourd’hui on est dans la rue. Votre hausse des frais de scolarité, votre intimidation, pis votre violence, bin ça passe juste pas! On va jamais lâcher! Dans la rue camarades! »

Et l’heure du départ sonne, elle sonne comme des milliers de fonds de casseroles qui se font joyeusement marteler par des cuillères de bois mouillées. Miracle: la pluie se retient de tomber dès que les manifestants commencent à avancer. À bas les capuchons! La manifestation est déclarée illégale dès son départ, puisque la CLASSE n’a pas donné l’itinéraire aux policiers, dans l’idée, bien sûr, de contester la fameuse loi 78. Le trajet a d’ailleurs vite dévié du centre-ville pour emprunter des rues plus résidentielles; pour une manifestation familiale, un trajet familial! C’est donc un acte de désobéissance civile massive et pacifique qui a lieu aujourd’hui dans les rues de Montréal.
Le tout se déroule dans un esprit de famille, c’est le cas de le dire. Les nombreux enfants se soucient peu du temps gris. On s’impressionne à travers leurs yeux, perchés sur les épaules de papa, de voir tout ce beau monde ensemble. Peu de slogans sont scandés, sauf le désormais classique (mais ici adapté aux jeunes oreilles): « La loi spéciale, on s’en câline! ». La façon de faire du bruit a définitivement changé depuis l’avènement des casseroles. Les gens sont tous très (très très!) souriants. Les manifestants saluent d’applaudissements ceux qui les appuient de leur balcon ou leur fenêtre. On s’entre-félicite pour l’originalité des pancartes ou des accoutrements. Il y a beaucoup de carrés rouges sur les poitrines, et de plus en plus sont couronnés de carrés noirs. La lutte n’est plus seulement étudiante; elle est sociale et collective. Et parlant de solidarité, des résidents ont même laissé des marcheurs utiliser leurs toilettes!

Dans le convoi, on peut compter sur la présence du célèbre Anarchopanda, des représentants de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds, ainsi que de Françoise David de Québec Solidaire. Les «têtes blanches au carré rouge» sont aussi au rendez-vous, postées à des intersections bien visibles avec leurs slogans écrits sur des parapluies. Le rassemblement rencontre d’ailleurs des religieuses des Fraternités Monastiques de Jérusalem qui sont sorties sur le perron pour applaudir les jeunes et les moins jeunes. Très heureuses de nous voir et de nous entendre, disent-elles, beaucoup plus à cette heure-ci qu’à deux heures du matin! Et parmi les automobilistes ralentis par le mouvement, la grande majorité apporte leur support en klaxonnant sans retenue. Les marcheurs croisent aussi trois jeunes déménageurs carrément assis sur le capot de leur camion, brandissant des signes de paix bien haut, tout sourire.

C’est vers 16h25 que la marche aboutit au parc Molson. Le ciel n’en peut plus de se retenir; il recommence à pleuvoir à grosses gouttes. Pas grave, tant qu’à être mouillés, on écoute Justin Arcand, un des négociateurs de la CLASSE, qui prend la parole. Ses phrases sont ponctuées de tonnerres de casseroles frappées. Il parle d’une « dame qui a la main directement dans la sacoche de l’État: Michelle, de son petit nom ». Il accuse ses offres d’injustes, inéquitables et tout simplement inconsidérables. L’étudiant affirme que chaque jour, lors de négociations, ils entendaient les manifestants «fesser sur leurs casseroles». « Et c’est ça qui nous permettait de ne pas céder. Vous êtes le carburant qui nous garde motivés et actifs dans ce combat! » Émus, les manifestants scandent en choeur: « Ce n’est qu’un début, continuons le combat! » Puis, deux autres discours suivent, tous aussi critiques envers l’impasse des dernières négociations. C’est donc vers 17h00 que les familles retournent au bercail, débordant des trottoirs et envahissant encore une fois la rue, le nouveau chez-soi collectif des Québécois en éveil.

Journaliste : Laurent-Dominic Chantal-Fortin

Photographe : Laurent-Dominic Chantal-Fortin

Photographe : Marc-Antoine Lemire

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