Échec à la droite, 15 fois, juste pour être certains
Jean-François Lisée, blogueur émérite, conseiller des premiers ministres Bouchard et Parizeau et journaliste pour le magazine l’Actualité a eu de nombreuses occasions de jeter l’éponge face à la montée de la droite au Québec. « J’ai essayé le club des pessimistes. J’ai été à la première rencontre, mais ils ont tous dit que ça ne marcherait pas. » Il a donc décidé de continuer à se battre, jour après jour, à coups d’arguments bien construits, d’éloquence et d’un soupçon d’humour teinté d’ironie. Également auteur de plusieurs essais, il publiait récemment Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments aux éditions Stanké. C’est dans ce contexte qu’il était invité par le député péquiste de Gouin, Nicolas Girard, à tenir une conférence sur le même thème dans la circonscription de celui-ci. Dans le petit gymnase de l’école montréalaise Ste-Ambroise, on a vu se masser près de 250 personnes de générations variées afin de se donner des munitions pour déboulonner quelques arguments fallacieux de la droite. En deux heures, jeudi 17 mai dernier, on n’aura pas fait le tour, mais 250 personnes de plus risquent d’être devenues de redoutables opposants, advenant un débat.
Dès de début de l’évènement, les flèches n’ont pas tardé à fuser en direction du Parti Libéral du Québec qui s’apprêtait alors à passer sa loi spéciale-matraque opus 78. Après avoir grosso modo répété mots pour mots les déclarations des derniers jours de sa chef (gouvernement dur avec étudiants et mou avec la corruption, carré de la honte, etc.), Nicolas Girard a tenu à préciser qu’il retournerait voter contre le projet dès que la conférence aurait pris fin. Dès lors, il a cédé la parole à Jean-Francois Lisée, applaudi comme une rock-star et qui « pour nous punir d’être venus en si grand nombre » a choisi la version « longue » de sa conférence. Faisant appel au concept que Normand Baillargeon qualifie de « terrorisme mathématique », il a tout d’abord expliqué que la tromperie réside généralement dans les chiffres choisis pour étayer un argumentaire. Petit cours de statistique générale qui ne fait de mal à personne, on s’en sort bien mieux après pour démêler le tout.
Rassurez-vous, je ne résumerai pas ici l’intégralité des 15 arguments composant la conférence. Vous n’aurez qu’à acheter son bouquin, il n’en sera que plus heureux. Et puis bon, vous n’aviez qu’à y être… Bon, j’admets que c’est un peu cruel de ma part. En voici donc quelques-uns, en vrac, pour le plaisir de vos têtes.
Le Québec est économiquement médiocre.
Vous l’aurez deviné, c’est faux, selon Lisée. La droite brosse généralement son portrait à partir d’une « photo ». Dans cette photo, nous sommes effectivement en moins bonne position que l’Ontario. Sauf qu’il nous faut animer cette photo et en faire un film pour dresser un portrait juste. Dans ce film, heureusement, il y a rebondissement : le Québec est depuis longtemps en train de rattraper l’Ontario et cet autre géant économique qu’est notre voisin du Sud.
Les Québécois sont les plus pauvres.
Faux, faux et encore faux! Les États-Unis ont effectivement un produit intérieur brut (ou « produit grosse brute » comme se plaisait à l’appeler Sheila Copps) supérieur au nôtre. Seulement, la richesse est si mal répartie (1 % de la population en 2007 détenait 24% des richesses) que la classe moyenne ne s’en porte pas du tout mieux! Il faut donc se méfier des moyennes et demander à obtenir la médiane.
Les Québécois sont les plus taxés sur le continent.
Vous avez deviné, c’est… vrai! Mais faux aussi. Le Québécois est effectivement très taxé. Sauf qu’à l’aide de données et de graphiques, le conférencier en verve nous explique que l’on reçoit plus que l’on donne! Je donne plus, mais reçois plus. Ce n’est pas mieux que de donner moins pour recevoir encore moins? « Il me semble qu’une société qui a apprivoisé la complexité peut faire des soustractions! »
Jean-Francois Lisée s’attaque ensuite à la productivité malmenée des Québécois, au nombre de fonctionnaires, à la dette, à la régulation des banques, au syndicalisme, à la péréquation (répartition des richesses entre provinces) et à la souveraineté. Le tout est admirablement démontré, chiffres à l’appui, dans le style limpide et humoristique qui définit Lisée.
La rencontre s’est soldée par une période de questions majoritairement orientées sur la souveraineté. En est ressortie une série de brillantes propositions pour un monde plus solidaire tel que : fermer les paradis fiscaux, travailler à une austérité contrôlée en ne payant que la dette extérieure (mauvaise dette), développer une gratuité effective de l’éducation en remboursant l’éducation de ceux qui ne peuvent pas se la payer et créer une agence de cotation indépendante et publique gérée par le Fonds monétaire international. Mais la déclaration la plus savoureuse restait décidément à venir lorsqu’un spectateur a demandé quelle était la solution à la crise étudiante. « Que les Libéraux démissionnent en bloc et ne se représentent pas! »
L’optimisme réaliste du blogueur, hautement contagieux, s’est communiqué sans heurt. La foule, à sa sortie, avait l’air d’avoir repris courage en sa lutte. Les nombreux étudiants présents avaient décidément trouvé un énième souffle pour aller contester une loi inconstitutionnelle. Et avec 250 petits nouveaux Jean-François Lisée, si j’étais Charest, j’aurais bien mal à ma droite. Le K.-O. sera technique, mais la droite ne se relèvera pas de si tôt.
Quelques perles supplémentaires
« C’est une grande victoire du mouvement étudiant que d’avoir décoloré le parti au pouvoir qui n’ose plus afficher sa couleur. »
« Je pense que le fait d’avoir des syndicats forts aide les entrepreneurs québécois à rester gentils. »
Un spectateur inspiré : « Y a-t-il un chef d’État, un jour, qui va dire à Standard and Poor’s : va donc chier câlisse! »
Texte par Thomas Dupont-Buist
Photographe : Charles Bélisle














Au Quebec il y a trop de paresseux qui veulent tout sans efforts, et apres ça, chialent et pleurent……VRAI