Ce matin, à la froideur du printemps érable, j’ai pleuré à chaudes larmes. Ce matin, à l’éveil dans l’amorphe et de ma nuque crispée, j’ai pleuré. J’ai pleuré le Québec – je me demande lequel et pourquoi –, j’ai pleuré ma culture, mon avenir, mon cogito, mes intuitions pêlemêles, mon sexe baptistaire. Ce matin parmi d’autres, j’ai pleuré ceux qui ne sont pas nés, j’ai pleuré les nuages gris, j’ai pleuré tous les nombres qui viennent avec, j’ai pleuré ma poésie, mes passions, mes parents et ancêtres, mes rêves de fleur ancrée au sol, j’ai pleuré l’absolu, l’insouciance, mes idoles. J’ai pleuré mon éducation poussière, voire braillé, mon art et mon destin, ma foi sans relief. J’ai tout pleuré. Ce soir, à la veille d’un autre matin, je cherche désespérément les termes justes et mon pouvoir de conviction, ma volonté s’éparpille. Je cherche, parmi le désordre et cette maigre situation, obèse d’ampleur, à exulter mon âme de ces multiples tourments qui relèvent d’une position assise, de l’habitude. Ce soir, je marche.
Ô, Peuple du Québec, Peuple du Monde, comment est-ce possible de se filer à une routine endormie, comment est-ce possible de demeurer extérieur et insensible à l’ordre voulu? Comment est-ce possible de confondre si fréquemment «expérience» et «abrutissement»? Je me dois de surmonter toute déréalisation, dépersonnalisation, toute souffrance et angoisse, toute solitude. Je me dois d’écrire et de rendre une certaine force à mes contemporains, de leur partager l’espoir que je n’ai pas tout le temps devant toute cette cruauté infantile. Je suis submergé, chaos à l’esprit, courts-circuits dans les nerfs, bombardé d’arguments, d’articles, de sophismes, de chiffres, de positions, d’actions instables. J’imagine qu’il ne faut pas lâcher, et surtout, ne pas se soumettre, mais qui dort dîne? Quelle catastrophe diplomatique sera la prochaine? Quand est-ce que ça va cesser de dégénérer? Dois-je opter pour le cynisme?
-Continuez à lire, ne vous arrêtez pas.-
J’en suis rendu à un point de rupture, où toute la raison du monde m’est devenue de seconde nature. J’en suis rendu à un point où la lutte par les mots se fond à mon être intérieur et implose en bourgeons de haine. Il y a trop de termes justes qui circulent, ils m’ont déjà convaincu. Ça va au-delà d’Illico et des médias de masse, au-delà des politiques et articles, au-delà du «fast-food» d’opinions et de ses collisions qui circulent pitoyablement. Où est-ce qu’on s’en va? Même la culture s’avère s’effondrer. J’ai peine à m’imaginer la fin de l’équation. Tout ce qui s’est imprégné en moi lors de ce long «faux-congé» qui perdure, de ce verglas qui m’a donné du sang froid, tout ce qui s’est forgé dans la glace de mon point de vue… Ma métamorphose est passée à un niveau supérieur, à tous les niveaux, et j’ai appris, et ça perdure. Il y aura au moins ça. Ce n’est pas une grève, nous ne sommes pas salariés. C’est plus que ça, ô bien plus que ça. Et il est bien plus aisé de s’effacer, avec lâcheté, de s’aveugler vis-à-vis cette tumeur québécoise, tumeur parmi tant d’autres.
J’ai connecté avec ce réseau d’inconnus qui sont devenus moi ou qui l’étaient déjà un peu, dans leurs domaines respectifs. J’ai vécu la foule, j’ai vécu le poivre de Cayenne et les matraques. J’ai compris la violence,La Psychologie des Foules de Le Bon. Il ne me reste qu’à avancer aux premiers rangs de la manifestation, discrètement, orné d’un léger rictus aux prémisses insondables. Je ne croyais pas encore aux bienfaits de ma présence dans la masse réfractaire. Et j’ai marché. J’ai marché vite, me faufilant comme une anguille à travers des algues vêtues des dernières nouvelles, cherchant à devancer le cortège de mes conceptions éparpillées. Sans totalement sortir du cadre rouge, le désordre environnant m’hébergeait en son sein. Je devais tout de même par orgueil, mépris, solitude, aller plus loin que tous ces détenteurs de cartes étudiantes, que ce soit en principe ou par le convoi des fantasmes. Et j’imagine que mon salut se trouve dans ses mots qui me devancent.
…
Lors des marches, une partie de moi demeurait emplie d’un dédain profond pour l’attelage de la collectivité à une cause relative qui prenait leur cœur en otage, je voyais aux évènements un prétexte bien brodé pour ne pas m’enfoncer dans la virtualité des croyances qui perdent, exprimées, leurs grâces. Pourtant, elles se vendaient encore à plusieurs exemplaires. Néanmoins, l’être humain a besoin de croire. Certains perdent leurs repères et veulent retrouver leurs classes, d’autres trouvent ces derniers dans la foule. Mais au fait, c’est quoi, «croire»?
[…] On se rendait maintenant sur une artère plus achalandée de la ville. Le changement de cap s’opérait à merveille comme une deuxième trame narrative à celle que l’on croit une évidence l’instant d’avant. Grâce à la lumière du soleil et à ses produits dérivés, les femmes resplendissaient de masques, d’ennui à exorciser. Leurs âmes s’enfouissaient dans le secret de leur charme, creuses comme des pupilles, dénuées d’une expérience du réel, y préférant l’escargot des slogans. Les hommes criaient comme des fuites de gaz, accompagnés de femmes. Je déplorais, sans que mon cœur le veuille, cette demande à ciel ouvert qui, tout de même, me poussait à y être. J’en avais entendu parler d’un ami à l’hôpital qui ne pouvait y aller. Les erreurs n’étant pas des erreurs, mais de simples données qui nous traversent de jour comme de nuit, notre but commun contenu dans plusieurs têtes gagnait du terrain, légèrement diffus. J’allais au devant toujours, traînant mes lacunes et tout ce qui pouvait au fond de moi s’avérer antagoniste à la cause. Je ne voulais pas me ranger d’un côté, alors je marchais sur le trottoir pour prendre de l’avance, le carré rouge sur ma poitrine. Les courtes discussions dans lesquelles je m’engageais me forçaient à incarner l’avocat du diable, ma synthèse intérieure mise de côté, faute de temps et peut-être même, de syntaxe. Nous étions tous bipèdes, ne pouvant sensiblement céder à cette réalité biologique le mérite de coordonner nos états d’âme en éloquences. Les références et les jeux de mots encapsulés sur des banderoles jetaient leur ombre sur l’essentiel, croyant l’incarner. Les gratte-ciels faisaient de l’ombre au côté extrême gauche de la rue : de toute ma condition, je marchais à l’extrême droite pour prolonger mon contact avec le soleil, main en quête de petite monnaie dans ma poche arrière. Je ne croisais pas assez de manifestants que je connaissais pour quémander une cigarette. De plus, je n’avais pas de briquet. Je m’exauçais donc de la masse, telle une substance illicite. L’incurable envie de créer un lien non économique avec tous ces beaux portraits m’emplissait du désarroi, des atteintes à la fierté, de l’impression récurrente que le fou a d’être condamné à ses cimes froides et fictives. À la base de cette solitude, je soupçonnais la présence de plusieurs choix passés en osmose maintenant, d’une volonté sans conscience d’elle-même, d’une obstination obscure qui se refusait à son prince charmant pour s’intoxiquer dans un bordel d’idées. Mon investigation ne pouvait aller plus loin, probablement par principe ou par respect de la Constitution : je pensais déjà à autre chose. Je riais dans ma barbe et dans celle de Marx comme dans un nid d’objectivités, souhaitant seulement avoir une place dans l’étendue. Je détenais une identité sans moteur et j’y tenais plus qu’à mon avenir. À bien y penser, je devais en détenir une, mais elle se consacrait à son propre silence. Il y avait déjà trop de bruits sur le marché noir des clameurs pour mes longs pistons. Les marchands d’amour essayaient en vain de rattraper leurs sollicitations, maintenant libres de se faire entendre par n’importe qui, même sur Facebook, d’une interprétation à l’autre.
Sans que j’aie un mot à dire, les forces armées déployèrent leur éventail d’astuces militaires. S’intensifiaient nos pouls, les bombes sonores au dessus de nos têtes comme des anges gardiens et nos larmes que le gaz nous forçait à produire en chaîne… Les chevaux hennissaient, rêvant de leur campagne d’Antan. Ils avaient peur du feu. Les sirènes incitaient les manifestants au luxe nord-américain de la peur, porte-voix qui amplifie. Les sirènes et leurs chantiers de guerre nous menaient en bateau, vers notre destin d’épave. Les femmes devenaient des spectres et les hommes, ministres d’une nation qui s’appelait Point-de-Vue. Un déluge de bassesses médiatiques sur leurs épaules, les sauvages en jeans déchirés devenaient des citoyens en soi, à ce qu’on disait dans le trafic, du haut des sièges d’automobiles. Tous courraient apeurés entre les véhicules avec des contenus impatients. Les cravates des conducteurs ressemblaient à des bavettes. Ici, on pouvait nommer l’injustice par son vrai nom, considérant que ces salaires en armures s’attaquaient aux yeux et aux oreilles. On participait à une émission de téléréalité mettant en vedette de vrais policiers qui n’avaient pas de normes à suivre, qui semaient l’ordre comme on sème la peste. Ce sont probablement l’accaparement du téléspectateur et les taxes qu’il paie qui comptent le plus. On pardonnera n’importe quel excès, car la majorité n’en sera jamais victime. Si oui, par intérim, à la vitesse d’une légende urbaine. En rentrant chez eux, certains de ces policiers, qu’on les appelle des oppresseurs ou des représentants de la Loi, dévoilent leurs cœurs casqués, d’autres se détendent en écoutant la musique et les paroles de Brassens, de Brel ou de Leclerc, d’autres embrassent leurs enfants, futurs étudiants, leur racontant d’autres histoires, au rappel indigent de leur conviction primaire : le bien des autres…
-Je suis essoufflé, et vous? Continuez à marcher!-
De pair, comme tout bon samaritain, nous contestons le capitalisme, cette monarchie sans roi ni lisières, un système efficace permettant aux hérétiques bien-pensants de s’exprimer. Nous jouirons de leurs bons sens posthumément. Le recul donne à ces éléments perturbateurs la désignation de « piliers» plus tard. Les idéologies, les systèmes, les religions ne sont rien d’autre que le point culminant d’une parabole que leurs représentants ne voudraient jamais voir retourner au sol. Nous travaillons pour eux de toute façon, en attendant la prime, les paradis fiscaux. Nous sommes, sans le vouloir, ses alibis, son argument contre nous. Nous chérissons le système comme une mère. Nous le respectons comme un père. Ses points faibles nous poussent indubitablement à vouloir le transformer, sans le changer pour autant. Ses bases nous assurent un confort matériel, mais nous dévalisent l’âme. On ne s’y oppose pas, on oublie d’y parsemer du tempérament, malheureusement. Même qu’on apprend à fuir l’humanité, car elle a ses limites dans une perspective où le succès est chéri. Un choix de société sur un court laps de temps, une autre préoccupation, l’année suivante: «eau trouble» change de nom, mais reste «eau trouble». Le jour où l’on se retrouvera, membres officiels d’une génération éthérée, les poches vides pour l’instant, nous y verrons plus clair… après avoir enculé pas mal de mouches. La vraie discorde se déroule dans le monde immatériel, invisible à l’œil nu. Que ce soit le Monde des Finances, le Monde des Esprits ou le Tiers-Monde, il impose son rythme à grands coups de tubes respiratoires.
…
Et j’imagine que plus je m’instruis et plus je vois ce monde qui va mal, qui a mal. Or, plus je m’instruis et plus j’ai envie de le changer, ce pauvre petit monde. Les pas-méchants-pour-autant qui ne conçoivent pas, ces victimes-sans-le-savoir, j’ai peine à leur faire saisir, à leur livrer la partie de Vérité contenue dans mes mots. Et je m’imagine parfois faire partie de la famille. À mon détriment, je m’élève pour vous, je m’élève en quête d’un idéal, je m’en rapproche. Il faut lire entre les lignes, car je sais ne pas m’écrire au complet. Je suis maladroit, autant que vous qui n’avez probablement pas lu. Et je retournerai possiblement à des états primitifs à force de pelleter de l’abstrait l’été. Je ne suis ni spécialiste, ni politologue, économiste ou personnalité publique, et surtout pas journaliste : je suis citoyen et hypersensible. Les autres, ils font leur boulot, même que certains dépassent leurs fonctions avec raison. Il en faut des statistiques pour les sans-émotions, des solutions palpables pour les incrédules. Les solutions existent. Or, le conflit et les multiples diversions stratégiques engloutissent leur force de rendement. Sa complexité me dépasse, me livrant un schéma à effigie d’ordre judéo-chrétien du «bien» et du «mal»; on jongle avec mon sentiment de culpabilité. Certes, j’espère, avec vous, remporter cette bataille. Rendez-moi la force et l’espoir. Je pleure encore, je pleure la guerre infinie et ses alliances avec la paix. Je serai toute ma vie une peur et des amours sans véritables repères. Je gémis comme un pendu, rapetissant à mesure que la foule s’en éloigne. «Il voulait rester». J’ai peur que ma bonne volonté soit gangrénée d’un trop-plein de terminaisons logiques, au point où je pourrais imploser dans mon calme comme mon reflet quand je ne suis plus devant lui. J’angoisse à savoir que je pourrais éventuellement vanter à mes enfants les acquis de notre société spectaculaire. Mes couilles se laisseront tranquillement avoir. J’ai peur qu’elles finissent par s’étaler vers la droite. J’ai peur que se perde le viscéral en moi, qu’un écran de fumée occupe l’espace entre ma peau et mes muscles. J’ai peur que ces mots ne vaillent plus rien, une fois mis sur papier. J’ai peur que le sommeil me fasse oublier la veille, me désensibilise au lendemain, quand je serai ma somme d’expériences, et non ce en quoi il m’arrivait de croire à jeun. Faut-il que le sang coule à flot pour qu’on investisse dans autre chose que l’impression d’argent? Faut-il que U2, avec qui la STM coopérait bien plus qu’avec l’anniversaire de sa Planète-Mère, soit coté à la Bourse et que la lune siège à l’ONU pour espérer se départir de notre village mal géré, rapatrier les solutions omniprésentes, mais en souricière?
-Continuez à lire, et ne lisez pas que moi.-
Peut-être suis-je aveugle d’autant. Peut-être nous serons comme les Afro-Américains qui se sont bâti une culture malgré les répressions. Me faut-il absolument un cadre et des balises? Il faut se recentrer, adopter une posture adéquate face cette condition titanesque, fructifier notre esprit d’appartenance de biais avec les enjeux économiques, la «belle jeunesse» comme ses méfaits, car aux coins des circonvolutions, la poussière peut retomber sans parachute. Ceux qui idéalisent reviennent facilement à la duperie. Mais ne me faites pas la morale, je ne suis pas dupe. Je suis aussi conscient qu’au trajet de la petite bête que nous stimulons à travers les entrailles de la ville, on peut y voir un faible signal de désistement, exempt de toute révolte, épuisé. Les mots me perdent, la foule me rend deux bouches, à peine une oreille, en guise d’offrande à la frénésie, fragile, fragile comme l’enclume d’une démocratie bon marché. Si le dessein artificiel de nos appétits peut corrompre quelconque impression de solidarité, à nu devant hormones et oraisons, chaque pas versé équivaudrait à une soustraction de l’État, tel qu’il faut le résoudre. Inévitablement, l’urgence s’avère plus qu’urgente, minimalement pour la survie d’une forme de démocratie, qui devrait vivre chaque jour. Réveillons les Boomers, assumons notre pouvoir décisionnel, réétudions l’emploi des médias, des matraques, l’utilité des énergies renouvelables, réapprenons à cultiver les jardins de l’identité, soyons raisonnablement sensoriels, gorgeons l’amour d’immortalité, faisons converger nos vecteurs énergétiques vers l’Un, le sens et l’honneur de vivre. Les solutions y sont. «La gratuité représenterait autour de 1% du budget provincial», sans blague. La «juste part» doit se concrétiser en partie dans ces sensibles impôts, quant à ce qu’ils augmentent de peu et s’ajustent avec équité. Une société convenablement imposée est l’où on calcule le «Bonheur National Brut». Déménagez aux États-Unis, sinon? Autrement, du haut de notre ciel d’utopie nucléaire, l’on sèmera bientôt des coupons-rabais pour la morgue. Je ne surmonterai peut-être jamais l’humain que je ne me suis pas encore révélé être. Tant pis. Attendez-vous que je temporise l’apocalypse? C’est à vous, contribuables effrayés, de remplir votre devoir de citoyen. C’est à vous de vous informer amplement, et de saisir les vrais enjeux. Votre pognon dans le Plan Nord et Gentilly-2, sans parler de corruption et collusion et autres, et autres? De quoi avez-vous réellement peur?
J’en appelle à vous, j’en appelle à la somme des arguments qui surpassent mon imagination. Une récapitulation, un amalgame de tout l’intellect raisonnable pour la capitulation? La crise est majeure, l’individualisme du capital et celui de mon «je» grondent en chœur, mais réfute ma grâce qui en implore au calme. Je demeure un enfant, qui, loin d’être enfant-roi, désire quelquefois de l’action pour bien dormir. Sauf que là, mes parents adorés, je suis tanné, accablé. Maman, papa, sachez que je suis gagnant malgré tout; j’ai remporté de cet examen de fin de session que je boucle présentement. Vous avez bien investi en moi, et cela sans «intérêt», excepté mon bonheur, sinon pourquoi mettre au monde? J’espère que demain il fera beau, un peu plus chaud, que nous pleurerons ensemble des larmes froides d’air frais. Parce qu’au fond, je ne suis qu’un spectre transitoire à travers ces mots, et j’ose croire que demain, il fera beau.
Le «JE» collectif de :
Xavier Ford-Legrand
Guillaume Gagnon-Lortie
Maxime Michaud






Cher JE collectif,
Votre texte est un cri d’angoisse bien senti. Il dénote aussi un goût — sinon parfois un talent — pour l’image lyrique percutante. Mais le cri, aussi sincère soit-il, reste informe, inarticulé. Moi, j’ai lu jusqu’au bout votre essai et jusqu’au bout j’en ai reçu la douleur sans en recevoir aucune lumière. Et pourtant c’est bel et bien contre l’informe que vous vous en prenez : dans ce régime politique qui carbure au mensonges éhontés, tant du côté fédéral que provincial que municipal ce qu’il est convenu de nommer «démocratie» devient un mot creux rempli de n’importe quoi. Oui, dans ce monde de l’informe, il est permis de douter de tout. Mais également, à cause de l’informe dans lequel on nous fait patauger, il faut, me semble-t-il, redresser l’échine,
ne pas se laisser soi-même envahir par l’Informe et s’appuyer sur les ressources — fragiles, frustrantes, soit j’en conviens — du langage. En fait, il faut défendre le langage car il est la première victime des pouvoirs qui veulent nous faire avaler leurs couleuvres et nous faire croire que les mots peuvent dire une chose et son contraire. Face à la confusion créée par les puissances obscures de l’INFORME, servons-nous du langage pour semer de la lumière et évitons d’en rester au cri.
Merci pour le commentaire constructif.
Cher «JE»,
Le commentaire de monsieur Beausoleil est fort constructif. Certes, je tiens à vous lever mon chapeau. Le problème du texte réside, selon moi, dans sa densité (quoique la plupart des défauts de votre essai peuvent se justifier, et d’autant plus devenir qualités). Il est difficile de communiquer adéquatement, j’en suis fort conscient. S’il peut parfois sembler informe, l’essai reflète, de manière expérimentale, poétique et personnelle, la situation. Cet amalgame de trois points de vue formidables, ce mélange de styles divers peut s’avérer «sombre», mais pour ma part, m’a livré de l’espoir et de la lumière. Le rendu est bien, mais peut-être trop long, et il est difficile de bien tout «décoder», de là le problème de communication évoqué. Et il est certain que plusieurs préfèrent la simplicité des périodiques, que d’autres ne lisent même pas. Or, il reflète très bien la situation. C’est à lire et relire, avec attention. Ne lâchez surtout pas.
Merci.